« La guerrière sans seins »*

J’ai toujours été en décalage par rapport aux autres, les événements de ma vie m’ont toujours donné cette impression.

Lorsqu’à six ans, mes petits camarades apprennent à lire, ma mère m’explique son cancer, à dix ans, je dois l’aider à se lever, à onze ans, elle me demande qui je suis lorsque je rentre dans la chambre d’hôpital et à douze ans, on m’apprend qu’elle est partie…

L’éternelle blessure de ma vie.

Un malheur n’arrivant jamais seul, mon père décide  de ne plus assumer ses responsabilités paternelles et part voguer vers d’autres horizons (Je lui dédicacerai peut être un petit article un jour…) , je me retrouve en foyer social à 14 ans.

J’entererrai mon seul repère masculin trois années plus tard du cancer, mon oncle maternel, un homme que j’admirais tant. Ma grand mère maternelle partira elle aussi du cancer deux ans plus tard, j’ai 19 ans quand je la laisse rejoindre ses enfants.

J’ai mis des années à me construire, des années à paraitre, à cacher ces blessures, puis le temps d’assumer est arrivé, j’ai travaillé dur, fondé une famille, appris à accepter et j’ai apaisé mes souffrances. Je suis devenue reine dans l’art de la résilience.

Mais c’est à l’apogée de mon art, le lendemain de mes 37 ans, que celle avec qui j’ai tout partagé, tout traversé, m’apprendra qu’elle doit se faire opérer, ma sœur… « mon âme sœur » à déclaré un cancer du sein. Nous apprendrons quelques mois plus tard que nous sommes porteuses toutes les deux de l’altération génétique BRCA2.

J’ai 38 ans et quand certaines de mes copines s’apprêtent à fêter leur 40 ans, moi c’est à une nouvelle paire de seins que je pense!

Surnommée « La guerrière sans seins » par le magazine ELLE, Laetitia Mendes vient de faire paraitre un ouvrage intitulé « Mon petit gène, ma seconde chance« .

Je dois avouer que cet ouvrage m’a réconcilié avec mon parcours et m’a fait comprendre, moi qui me suis ironiquement toujours dit, que les petites étoiles comme la petite cuillère faisaient partie des abonnés absents de ma vie, que les femmes porteuses de cette altération génétique étaient frappées par des parcours de vie pouvant parfois ressembler à des parcours de guerre.

C’est un récit poignant, qui par les similitudes de mon parcours m’a énormément touché mais également conforté dans le fait qu’il était temps de parler de cette altération génétique.

Et mon féminisme assumé, me fera écrire aujourd’hui que ce n’est pas une « guerrière sans seins » mais une guerrière tout court!

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Article ELLE, « La guerrière sans seins » du 22/10/2014

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