Mois: février 2018

Mais ça c’était avant…

gene

Avant …

J’ai souvent pensé que j’étais née sans étoile, j’ai souvent dit que j’étais née un 27 décembre et que celui du 25 avait déjà tout pris. Perdre les gens qu’on aime le plus, voir s’éteindre ma mère à l’âge de 12 ans a bousculé toute ma vie et je porte ce manque encore aujourd’hui.

Et puis j’ai pris connaissance de ma mutation et tout s’est éclairé.

Ma grand-mère, ma mère, sa tante, son frère, ma sœur…moi, tous lié.e.s au cancer par le lien sacré de la mutation génétique du BRCA2. Tout s’explique, tout devient scientifique, ce n’est pas le poids d’une malédiction familiale, ce n’est pas de la malchance, ce n’est pas le résultat de choses horribles que j’aurai faites dans une vie antérieure, c’est génétique. Une erreur, une faute d’orthographe dans mon corps qui percute ma vie, qui ne cesse de la remettre en question.

Une malfaçon, un truc qui vous dit que vous êtes pas bien foutue.

Avant …je pensais que je n’avais pas de chance,

Avant je pensais que mon mariage tiendrait envers et contre tout,

Avant je n’avais pas peur quand je regardais mes filles,

Avant je n’aimais pas mon corps,

Avant tout avait de l’importance,

Aujourd’hui, je sais que j’ai une mutation, j’ai subi une mastectomie préventive et je n’ai plus peur car je sais que j’ai de la chance de le savoir. Je suis surveillée et prise en charge.

Aujourd’hui je suis en train de divorcer …et ça n’a rien à voir avec la malchance. Il y a des épreuves qui unissent et d’autres qui séparent et ce n’est de la faute de personne.

Aujourd’hui, j’ai peur quand je regarde mes filles. Mais j’essaie de penser que la chance sera de mon côté et que je pourrais fêter avec elle la rupture de ce lien sacré avec le cancer. Et dans l’hypothèse où ça ne serait pas le cas, je crois en la médecine, j’espère leur montrer que rien n’est impossible, que rien n’est perdu car je serais là près d’elle avec une poitrine reconstituée, des pleurs, des blessures mais je serais en vie.

Aujourd’hui j’ai appris avec l’épreuve de la mastectomie à dépasser l’image de mon corps, à l’accepter, à l’aimer et ça, après des années de lutte avec le miroir, rien que pour ça, je remercie cette (putain) de mutation génétique.

Aujourd’hui j’aime rire avec mes filles, j’aime m’allonger auprès d’elles, je les regarde vivre, rire, danser, chanter, grandir, je réponds à leurs questions, je les aime plus que tout et j’ai consciences de la chance que j’ai de partager chaque jour avec elle.

Aujourd’hui je me bagarre avec les assurances pour un crédit immobilier…( oui le droit à l’oubli et la convention AERAS existent (ahahaha) mais les assurances la détournent et ne m’assurent pas pour un arrêt de travail de plus de trois mois ! en clair il parie sur le fait que je vais faire. Devinez quoi… un cancer !!…)

C’est vertigineux, c’est douloureux physiquement et moralement, mais je n’ai pas l’impression de subir cette mutation. C’est en moi. Je le sais et c’est un avantage.

Et j’emmerde les assurances au passage !

Et tous ceux qui me doteront à l’avenir d’une double peine.

J’ai perdu ma famille, pleuré mes proches tant de fois, je me suis retrouvée sans rien en foyer à l’âge de 14 ans. J’ai aujourd’hui  41 ans.

En l’espace de 26 ans, je me suis battue pour continuer mes études, payé mon loyer et mes factures dès l’âge de 17 ans,  j’ai deux masters, j’ai écrit une thèse, je me suis mariée, j’ai fait deux splendides petites filles, j’ai divorcé, j’ai rencontré des gens formidables, j’ai travaillé et fait l’ouverture d’un des plus beau musée de France, j’ai démissionné, une fois, deux fois, trois fois de CDI, j’ai changé Six fois de métiers, je suis prof à la fac, j’ai publié des articles, j’ai dirigé une revue, j’ai accompagné 4 des personnes que j’aimais le plus au monde dans des soins de cancer parfois jusqu’à leur dernier souffle, j’ai dirigé trois fois la journée des droits des femmes pour l’université dans laquelle je travaille, j’ai vu la coupole de santa maria del fiore à Florence, j’ai des ami.e.s formidables, j’ai subi 8 opérations dont 6 dédiées à la mastectomie préventive, j’ai perdu 40 kilogs (j’en ai repris 10 depuis mais ça je le dis pas…), je suis récemment tombée éperdument amoureuse, j’ai déménagé 9 fois, je vis.

Je vis et j’emmerde les assurances.

Avant …c’était autrement.

Aujourd’hui, c’est encore mieux.

 

 

 

 

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