Mois: mai 2016

M comme…

 

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« Ta mère est partie, elle est morte. »

C’est comme ça qu’on me l’a annoncé. Je me souviens encore, il faisait très beau ce jour là, ce jour d’été ou je devais aller voir ma mère à l’hôpital une dernière fois pour lui dire au revoir. Elle ne m’a pas attendu…elle est partie, elle a fermé les yeux à jamais et elle a emmené tant de choses avec elle ce jour là et en a laissé des tas d’autres aussi…

Parmi ces choses laissées, il y a moi. J’ai douze ans, j’ai grandi avec le cancer, le cancer de ma mère. Je savais qu’elle allait partir, elle me l’avait dit depuis longtemps déjà. Elle me préparait comme elle pouvait à vivre et à surmonter l’insurmontable.

J’ai eu une mère formidable, un rayon de soleil, une femme courageuse, un sourire en permanence.

Lorsque je ferme les yeux aujourd’hui malgré les six années de lutte contre le cancer de ma mère, malgré les chimiothérapies, les souffrances, les nuits blanches, les frayeurs, les cicatrices, les faux espoirs, les bonnes nouvelles, les mauvaises aussi, c’est de son sourire dont je me souviens, j’ai oublié tout le reste. Elle m’a laissé son sourire.

Lorsque je rentrais de l’école, elle souriait. Lorsque je me levais le matin, elle souriait, lorsque j’ouvrais la porte de la chambre de l’hôpital , elle souriait.

Ma mère m’a laissé son sourire. Son sourire et son gêne.

Ces derniers temps, j’ai eu des tas de compliments, des tas de petits mots de soutien, des tas de commentaires sur ma vie, ce que j’ai traversé, ce que je traverse encore aujourd’hui.

Je ne dis pas automatiquement tout ce que j’ai traversé quand je fais la connaissance des gens et je souris toujours quand je finis par leur raconter le parcours semé d’embûches, de deuils et de batailles.

Lorsque que j’ai appris il y a deux ans, que j’étais porteuse d’une mutation génétique sur BRCA2, j’étais presque soulagée. Je n’avais jamais compris pourquoi la vie m’avait infligé de perdre autant. J’avais une raison, une raison scientifique à tous les deuils de ma vie. J’ai beaucoup pensé à ma mère à cette période. J’ai toujours entendu ma mère me dire qu’elle savait, qu’elle se doutait, que c’était en elle, un truc du destin. Son père était mort d’un cancer, sa tante aussi. Sa mort fut la première et la plus grande déchirure de ma vie.

On me demande souvent comment j’ai fait, comment je fais pour avancer.

Je n’y serai pas arrivé sans elle. Son sourire ne m’a jamais quitté. Son amour non plus.

J’ai eu énormément de chance, énormément. Ma mère m’a servi un amour concentré, sachant qu’elle partirait, elle m’a pourri d’amour, d’un amour fort, d’un amour pur, d’un amour indélébile. Un de ceux qui ne s’en va pas, un de ceux qui reste là, un de ceux qui chuchote quand j’ai l’impression que je ne vais pas y arriver, un de ceux qui crie quand j’ai l’impression que je vais tomber, un de ceux qui me relève quand je pense que c’est trop dur.

Non, je n’y serai pas arrivé sans elle.

Je ne pouvais continuer dignement ce manifeste sans lui dédommager cette journée, cette journée des mamans. Lui dire MERCI pour tout ce qu’elle m’a donné. 28 ans après sa mort, elle arrive toujours à me manquer, elle arrive toujours à me relever, elle arrive toujours à me guider.

J’ai eu la plus formidable des mamans.

Bonne fête maman.

« Ma mère est dans les cieux, les pauvres l’ont bénie ;
Ma mère était partout la grâce et l’harmonie.
Jusque sur ses pieds blancs, sa chevelure d’or
Ruisselait comme l’eau,
Dieu ! J’en tressaille encore !
Et quand on disait d’elle : « Allons voir la
Madone », Un orgueil m’enlevait, que le ciel me pardonne !
Ce tendre orgueil d’enfant, ciel ! pardonnez-le nous :
L’enfant était si bien dans ses chastes genoux !
C’est là que j’ai puisé la foi passionnée
Dont sa famille errante est toute sillonnée.
Mais jamais ma jeune âme en regardant ses yeux,
Ses doux yeux même en pleurs, n’a pu croire qu’aux cieux.
Et quand je rêve d’elle avec sa voix sonore,
C’est au-dessus de nous que je l’entends encore.
Oui, vainement ma mère avait peur de l’enfer,
Ses doux yeux, ses yeux bleus n’étaient qu’un ciel ouvert.
Oui, Rubens eût choisi sa beauté savoureuse
Pour montrer aux mortels la Vierge bienheureuse.
Sa belle ombre qui passe à travers tous mes jours,
Lorsque je vais tomber me relève toujours.
Toujours entre le monde et ma tristesse amère,
Pour m’aider à monter je vois monter ma mère !
Ah ! l’on ne revient pas de quelque horrible lieu.
Et si tendre, et si mère, et si semblable à Dieu !
On ne vient que d’en haut si prompte et si charmante
Apaiser son enfant dont l’âme se lamente.
Et je voudrais lui rendre aussi l’enfant vermeil
La suivant au jardin sous l’ombre et le soleil ;
Ou, couchée à ses pieds, sage petite fille,
La regardant filer pour l’heureuse famille.
Je voudrais, tout un jour oubliant nos malheurs,
La contempler vivante au milieu de ses fleurs !
Je voudrais, dans sa main qui travaille et qui donne,
Pour ce pauvre qui passe aller puiser l’aumône.
Non, Seigneur !
Sa beauté, si touchante ici-bas,
De votre paradis vous ne l’exilez pas !
Ce soutien des petits, cette grâce fervente
Pour guider ses enfants si forte, si savante,
Vous l’avez rappelée où vos meilleurs enfants
Respirent à jamais de nos jours étouffants.
Mais moi, je la voulais pour une longue vie
Avec nous et par nous honorée et suivie,
Comme un astre éternel qui luit sans s’égarer.
Que des astres naissants suivent pour s’éclairer.
Je voulais jour par jour, adorante et naïve,
la contempler.
Seigneur ! dans cette clarté vive-Elle a passé !
Depuis, mon sort tremble toujours
Et je n’ai plus de mère où s’attachent mes jours. »

Marceline Desbordes -Valmore

 

 

 

 

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La fonte des neiges!

Abracadabra mes seins sont là….

Abracadabra mes seins ne sont plus…

ça y est  …les beaux jours sont arrivés et l’heure de la mise en texte des pensées devenues trop lourdes se fait sentir!

Je dois avouer que j’ai eu beaucoup de mal à écrire ces derniers temps, (peut-être est ce bon signe?) l’acceptation faisant son chemin , j’éprouve de moins en moins le besoin d’exprimer ce que je traverse…mais je dois également avouer que les troubles causés par  les étapes de la reconstruction sont difficilement nommables.

Quelques mois se sont écoulés…et le chantier n’est toujours pas terminé, loin de là, même si une bonne partie du chemin est parcouru et que, sous un chemisier, je peux crier « abracadabra mes seins sont là! » …

Je suis passée de « Je gonfle mes expandeurs tous les 15 jours » à « j’engraisse mes seins  tous les trois mois »

Enfin je devrais plutôt dire « j’engraisse les volumes créés de force par des expandeurs sous mon muscle pectoral, censés être des seins pour qu’ils ressemblent à des  vrais seins » mais j’ai décidé de vous expliquer avant de vous dire que… c’est compliqué!

Alors mes expandeurs étant arrivés au volume souhaité ( et non, je n’en ai pas profité pour devenir une bimbo gonflable, je le précise car souvent on me demande …et « tu te fais plaisir?, tu vas t’en faire des plus gros?…non je suis désolée, je comprends toujours pas, on m’a enlevé mes seins, je peux vous dire que la notion de plaisir…vous oubliez…et ça.. dans tous les sens du terme), j’ai pu commencer la première séance de lipomodelage.

Définition du lipomodelage: on vous prend vos graisses localisées ( genre celles qui résistent après le régime de fou que vous avez fait et qui font que vous ressemblez toujours à une bouteille d’orangina et désespérément pas à une sirène) et on vous les réinjecte dans les « volumes-seins en devenir »….génial! vous me direz…

C’est vrai que sur le papier c’est bien! Non seulement ça vous permet de corriger vos défauts corporels mais c’est avant tout une technique durable qui, contrairement aux prothèses vous permet de ne pas revenir au bloc opératoire une fois le processus de reconstruction terminé.

Le petit hic…c’est la patience.

« Rome ne s’est pas construit en un jour »… ben mes seins non plus!

Le lipomodelage est assez troublant. Je viens de subir la deuxième séance. La première fois que je me suis réveillée du lipomodelage, j’ai foncé devant le miroir pour voir…

Le jour de ma mastectomie, j’ai pleuré de douleur, lors de mon réveil du lipomodelage, j’ai été envahi par l’émotion, j’ai pleuré de bonheur, j’avais des seins!

et oui …je dis j’avais..parce que la problématique du lipomodelage, c’est que ça fond!

De jour en jour, la fonte des neiges, je me regarde devant le miroir et ça diminue, ça diminue, ça diminue…par contre les ecchymoses sur les cuisses s’étendent, s’étendent , s’étendent…comme m’a dit  une âme bienveillante, tu dois être la seule femme qui se regarde dans la glace en se disant…oh merde…c’était mieux hier! 🙂

Le but du jeu est de stabiliser ces injections de graisse à force de lipomodelage!

bref, une réelle partie de plaisir ; ça fait mal (ça va encore avec les anti-douleurs, faut imaginer les courbatures de la grosse grosse grosse séance de sport pendant une quinzaine de jours) , c’est impressionnant parce que les zones prélevées se transforment en « univers » (expression trouvée par mes filles pour qualifier les zones ecchymosées « maman on dirait les images d’univers »…et mes seins sont rebaptisés « les totottes SIMPSON » pour leur couleur jaunâtre post-op! c’est pas beau ça!), au point ou vous vous demandez si vous n’avez pas servi de défouloir à une bande de chirurgiens en furie pendant l’anesthésie…ça met un mois à partir, les œdèmes..c’est un peu plus long…et pendant ce temps là ben vos seins…fondent…)

C’est troublant parce que votre image corporelle change beaucoup et que vous devez vous efforcer à vous dire…c’est temporaire, l’image là, celle que vous voyez dans le miroir,va encore changer, bouger.

C’est un mal pour un bien car même si c’est très troublant, et fatiguant (ça me pompe une sacrée énergie quand même, je suis très fatiguée), la prise de conscience du corps est très importante.

J’en suis donc à la deuxième séance, j’ai toujours mes expandeurs, cette deuxième séance à permis de totalement les dégonfler. Je les enlèverai à la prochaine séance dans trois mois. Il faut comprendre que ces volumes ne sont pas encore des seins car le pli mammaire sera tracé à la dernière séance, on vous cout les sillons et on redessine la forme du sein (oui, des moments sympas en prévision..)

Tout ça pour vous dire que je trouve la route sacrément longue (bientôt un an) pour une reconstruction immédiate (pas la même définition du terme « immédiat » dans mon dictionnaire que celles des oncologues…) mais dans tous les cas…je vais bien. Alors que les oncologues me parlent déjà de mon ovariectomie, je vais bien.

Je reconstruis mes seins, je reconstruis ma vie, je reconstruis mon avenir génétiquement tracé.

Je ne survis pas, je vis!